Croissance spectaculaire = faillite rapide ?
… Le cas EVERSUN expliqué

La société EVERSUN, entreprise innovante dans le secteur des énergies renouvelables basée à Lyon, a connu une trajectoire remarquable mais de courte durée, marquée par une croissance initiale spectaculaire suivie d’une chute rapide dans le secteur photovoltaïque français.

Le dossier EVERSUN représente un cas d’école en matière de difficultés de financement et de modèle économique non viable dans le secteur des énergies renouvelables, culminant avec l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire en décembre 2025 et sa conversion en liquidation judiciaire.


Identité et profil de l’entreprise EVERSUN
 

EVERSUN est une Société par Actions Simplifiée (SAS) constituée le 15 novembre 2022, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) de Lyon avec le numéro SIREN 922 192 729 et le SIRET 922 192 729 00015. L’entreprise a établi son siège social au 12 rue de la Part-Dieu à Lyon (69003), dans le quartier d’affaires de la capitale rhodanienne, une localisation prestigieuse au cœur du district économique lyonnais.
Depuis sa création, EVERSUN est restée une jeune entreprise avec un capital social modeste et une structure organisationnelle légère, typique des start-ups du secteur des énergies renouvelables. La société a adopté des statuts flexibles permettant l’évolution de sa gouvernance et de son périmètre d’activité, comme l’attestent les modifications statutaires apportées en février et mai 2023.


Activité commerciale et positionnement stratégique

L’activité déclarée d’EVERSUN s’articule autour de la commercialisation de panneaux solaires photovoltaïques et, accessoirement, de la vente et installation d’énergies renouvelables, notamment des solutions d’autoconsommation solaire. Cependant, ce qui distingue réellement EVERSUN de ses concurrents, c’est son modèle économique d’abonnement, une innovation majeure dans le secteur français jusqu’alors dominé par les ventes au comptant ou via crédit.

EVERSUN a été fondée en 2023 par Charles Passereau en tant que CEO et Rémi Milgram (a quitté l’entreprise… bien dommage à mon avis !) comme co-fondateur.

Charles Passereau, entrepreneur à la trajectoire éprouvée, avait précédemment créé plusieurs entreprises notamment WeLink (plateforme de mise en relation de 2500 professionnels dans 5 pays), Le-bon-coach.fr et Justifit. Rémi Milgram apportait quant à lui 20 ans d’expérience dans l’installation électrique et la pose de panneaux solaires via son entreprise MLG Elec. Cette combinaison de compétences entrepreneuriales et techniques semblait particulièrement prometteuse.


Le modèle commercial novateur par abonnement
 

Le modèle central d’EVERSUN reposait sur la proposition d’installations photovoltaïques par abonnement mensuel, éliminant ainsi les deux obstacles majeurs à l’adoption du solaire en France : le coût initial (typiquement 9 000 à 25 000 €) et la complexité administrative.

Les clients pouvaient s’abonner à partir de 69 € par mois pour bénéficier d’une installation complète et de services incluant :

L’installation photovoltaïque complète sur le toit du client
L’entretien périodique (passage complet tous les 5 ans)
La garantie pièces et main d’œuvre sur l’ensemble de l’installation
La gestion des démarches administratives (demandes d’autorisation, raccordement réseau, obtention de l’attestation de conformité)
L’accès à l’EverManager, une technologie de gestion intelligente de l’énergie permettant jusqu’à 20% d’économies supplémentaires par rapport aux installations classiques
Ce modèle présentait des avantages théoriques considérables : il préservait la capacité d’endettement des clients, assurait une rentabilité rapide (moins de 3 ans contre 8 à 12 ans pour un achat au comptant), et permettait l’accès au solaire aux foyers disposant de ressources limitées. La proposition valorisait la pensée que « installer des panneaux sur son toit devient aussi facile que souscrire à un forfait téléphonique ».


Trajectoire commerciale et croissance initiale spectaculaire

Démarrage Foudroyant et Succès Précoce
EVERSUN a enregistré un succès commercial remarquable dans ses premiers mois d’exploitation. En à peine trois mois d’activité, sans aucune campagne publicitaire formelle, la jeune entreprise a généré 400 000 € de chiffre d’affaires. Ce résultat excédait largement les projections internes des fondateurs, témoignant d’une demande réelle et profonde du marché pour une solution alternative aux modèles traditionnels de financement du solaire.
Ce succès fulgurant obligeait EVERSUN à accélérer drastiquement son rythme de développement pour répondre à la demande. La croissance était alimentée par plusieurs facteurs contextuels favorables :
L’augmentation record de 40% du prix de l’électricité en deux ans
La baisse simultanée de 30% des prix des panneaux photovoltaïques
Un contexte de transition énergétique favorisant l’autoconsommation solaire
Le retard français en matière de déploiement photovoltaïque (moins de 1% des logements équipés contre 6,32% en Allemagne et 2% en Angleterre)


Visibilité médiatique et crédibilité accrue (…)

Le succès initial d’EVERSUN lui avait permis d’accéder à une certaine visibilité médiatique prestigieuse. Charles Passereau avait notamment été invité comme commentateur sur France Bleu Paris en février 2024 pour discuter de l’augmentation des tarifs électriques et des solutions photovoltaïques. Cette médiatisation télévisée renforcait la légitimité de l’entreprise auprès du grand public et des investisseurs potentiels.

La société était également parvenue à lever des investissements via la plateforme WiSEED (financement participatif spécialisé dans les projets de transition énergétique), démontrant sa capacité à séduire les investisseurs engagés dans la transition verte.

La procédure collective : contexte et déroulement

Chronologie des Difficultés et Première Procédure

Malgré ce démarrage prometteur, EVERSUN a rapidement rencontré des difficultés financières structurelles qui ont nécessité l’ouverture d’une procédure collective. Les sources officielles indiquent une première date de cessation des paiements le 18 juin 2024, soit moins d’un an après la création de la société pour sa forme actuelle (novembre 2022).
Cette première procédure a été suivie d’un redressement judiciaire, pour lequel les documents disponibles mentionnent une date de jugement ultérieure. Cependant, la procédure a connu des évolutions importantes, témoignant de la persistance des problèmes de trésorerie.
Redressement Judiciaire d’Octobre-Novembre 2025

Selon certaines sources, une procédure de redressement judiciaire aurait été ouverte en octobre 2025, mais cette procédure n’aura pas permis le redressement de l’entreprise. Cette tentative reflète l’approche du droit des procédures collectives française, qui privilégie d’abord le redressement avant la liquidation pure.

Conversion en liquidation judiciaire (Décembre 2025)

Le dénouement définitif semble être intervenu en décembre 2025. Selon les sources officielles, le Tribunal des Activités Économiques de Lyon aurait prononcé un jugement de liquidation judiciaire le 23 décembre 2025 (certains documents mentionnent également le 11 décembre 2025 pour le redressement initial).

La date de cessation des paiements a été fixée au 24 octobre 2025, marquant le moment où l’entreprise s’est trouvée dans l’incapacité de régler ses dettes exigibles.

Sauf erreur, le rôle de liquidateur judiciaire a été confié à la SELARL MARTIN, représentée par Maître Pierre Martin, établi au Britannia, bâtiment B, 20 boulevard Eugène Deruelle, 69003 Lyon. Ce professionnel est chargé de procéder à la réalisation de l’actif de la société et à la répartition des sommes entre les créanciers selon l’ordre légal des privilèges.


Administrateur et Mandataire Judiciaire

Dans le cadre du redressement initial (avant la conversion en liquidation), l’administrateur judiciaire désigné était Maître Marc Chapon, représentant la SELARL ANASTA basée à Chambéry (5 avenue Général de Gaulle, 73000 Chambéry). Marc Chapon exerce le métier d’administrateur judiciaire depuis 2017 et a acquis une solide expérience auprès d’entreprises de tailles variables, particulièrement dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes.

Le rôle du mandataire judiciaire était assuré par la SELARL MARTIN, également représentée par Maître Pierre Martin. Les mandataires judiciaires sont chargés de représenter les intérêts des créanciers et de contrôler la sincérité du redressement.

Causes probables de la faillite : analyse des facteurs structurels

Mésalignement entre Modèle Économique et Réalité Opérationnelle
Bien que révolutionnaire en apparence, le modèle d’abonnement d’EVERSUN présentait des défis économiques redoutables insuffisamment anticipés ou maîtrisés. Ce modèle reposait sur une profonde transformation du flux de trésorerie : au lieu de recevoir un paiement initial substantiel (9 000 à 25 000 €), EVERSUN devait financer l’intégralité du coût d’installation et ne recouvrer les investissements que progressivement via des versements mensuels échelonnés sur plusieurs années.
Cette architecture de flux de trésorerie exigeait un financement initial massif pour supporter l’acquisition des panneaux, les coûts d’installation et les services afférents. Une telle charge financière dépasse généralement les capacités de bootstrapping d’une jeune entreprise et nécessite des lignes de crédit établies ou un apport en capital considérable.
Défaillances de Chaîne d’Approvisionnement et Dépendance Fournisseurs
Les informations disponibles suggèrent que les difficultés d’EVERSUN pourraient être liées à des défaillances critiques au sein de la chaîne d’approvisionnement, particulièrement vis-à-vis des fournisseurs principaux. Le secteur du solaire photovoltaïque souffre structurellement de dépendances fortes envers les fournisseurs de modules et composants, dont beaucoup sont localisés en Asie (Chine, Inde, Taïwan notamment).

Des indices indirects figurent dans les avis clients mentionnant des retards répétés de livraison et des changements de modèles de panneaux. Ces symptômes pourraient suggérer que des fournisseurs clés d’EVERSUN ont connu des difficultés ou ont cessé leurs fournitures, entravant la capacité d’EVERSUN à honorer ses engagements commerciaux envers ses clients abonnés.


Effondrement du secteur solaire français et contexte concurrentiel désastreux
 

Le cas d’EVERSUN doit être replacé dans un contexte plus large de crise structurelle du secteur photovoltaïque français. Au cours de la dernière décennie, plusieurs fabricants et distributeurs français du secteur ont connu des trajectoires comparables :
Exosun (trackers solaires), créée à Martillac en Gironde, a été placée en redressement judiciaire en juillet 2017 après des compressions d’effectifs et une pression tarifaire accrue
Auversun (fabricant de modules), basée en Auvergne, a accumulé une dette de 10 millions d’euros et a été liquidée en 2012 après des restrictions de trésorerie dues à la perte de capacité d’approvisionnement en matières premières
Ce contexte d’instabilité sectorielle a particulièrement affecté les jeunes entrants comme EVERSUN, qui manquaient de l’historique de relations commerciales et du réseau de financement des acteurs établis.
Inadéquation Potentielle du Plan de Redressement et Insuffisance des Ressources
Le fait que le redressement judiciaire visiblement initié en novembre-décembre 2025 n’ait pas permis à EVERSUN de stabiliser son activité suggère que le plan de redressement jugé par le tribunal n’a pas suffi à résoudre les problèmes de fond. Les plans de redressement doivent démontrer une viabilité durable de l’entreprise (généralement sur 3 à 5 ans), mais dans le contexte d’une jeune entreprise avec un modèle économique non éprouvé et des difficultés structurelles persistantes, l’obstacle s’est avéré infranchissable.
L’absence de clientèle stabilisée et de flux de trésorerie positifs dès les premiers mois, malgré la croissance commerciale initiale, indiquait que le modèle économique envisagé ne pouvait pas se financer par sa propre activité.                                            
   
⚠️ Implications pour les créanciers et clients
Statut des Clients-Abonnés
Les clients ayant souscrit à des abonnements EVERSUN avant la cessation des paiements (24 octobre 2025) se trouvent dans une situation complexe selon le droit français des procédures collectives. Le liquidateur judiciaire est interdit de rembourser les dettes antérieures à l’ouverture de la procédure, sauf si l’actif réalisé le permet.
Cependant, les clients disposent d’un droit de créance (créances prioritaires selon le droit des sûretés) auprès de la procédure de liquidation. Les déclarations de créances doivent être adressées à Maître Pierre Martin (liquidateur) via le portail électronique ou par courrier recommandé dans un délai de deux mois suivant la publication au BODACC (Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales).
Hiérarchie des Créanciers
Dans une procédure de liquidation, la répartition des actifs suit un ordre légal strict :
1. Frais de la procédure collective
2. Créances salariales (salaires et indemnités)
3. Créances de sécurité sociale
4. Créances garanties (hypothèques, nantissements)
5. Créances chirographaires (clients ordinaires)
Les clients ordinaires d’EVERSUN, sans garanties spécifiques, figurent probablement au rang des créances chirographaires, les exposant à une perte quasi-totale au vu des lacunes patrimoniales probables de l’entreprise.

Leçons et implications sectorielles
Le dossier EVERSUN constitue un cas d’étude révélateur de l’incompatibilité entre certains modèles économiques innovants et les contraintes financières du capital circulant en France. Bien que le modèle d’abonnement réponde à des besoins réels du marché, son implémentation requiert :
1. Un financement de croissance substantiel et stable
2. Une maîtrise impeccable des coûts d’acquisition client et d’installation
3. Un ratio de conversion des prospects suffisant pour absorber les coûts de démarrage
4. Une chaîne d’approvisionnement résiliente et diversifiée
EVERSUN semble avoir échoué sur plusieurs de ces dimensions, révélant que l’innovation commerciale seule ne suffit pas sans une assise financière robuste et une résilience opérationnelle éprouvée.
Pour les investisseurs et créanciers futurs dans le secteur des énergies renouvelables, le cas EVERSUN constitue un avertissement quant aux risques systémiques affectant les start-ups du secteur solaire français, particulièrement celles opérant des changements radicaux du modèle économique traditionnel sans disposer de ressources en capital-risque substantielles ou de soutiens publics structurants.

La liquidation judiciaire d’EVERSUN en décembre 2025 marque ainsi l’épilogue d’une aventure entrepreneuriale prometteuse mais finalement fragile, victime des tensions inhérentes à la jonction entre innovation, accumulation de capital et stabilité des chaînes logistiques dans un secteur en mutation profonde

Conclusion : vitesse sans responsabilité

La trajectoire d’EVERSUN illustre un phénomène troublant du secteur photovoltaïque français : la confusion entre innovation commerciale et viabilité durable.

Charles Passereau et son équipe ont créé un modèle novateur répondant à un besoin réel, mais cette innovation s’est révélée profondément irresponsable sur trois plans.

Précipitation financière
L’accélération impétueuse d’EVERSUN—400 000 € de chiffre d’affaires en trois mois—a masqué l’absence totale de fondations financières solides. Le modèle d’abonnement exigeait des dizaines de millions en trésorerie opérationnelle que l’entreprise ne possédait pas. Au lieu de construire une croissance durable, la direction a choisi de foncer tête baissée dans un modèle voué à l’effondrement.

Absence d’éthique écologique
EVERSUN a adopté les mêmes tactiques agressives du secteur solaire : croissance à tout prix, sans vérification de la capacité à honorer ses engagements. L’impact écologique réel d’installations abandonnées avec des clients sans recours s’avère profondément contraire aux objectifs de transition énergétique affichés.

‼️Un appel aux clients en souffrance

Pour les clients lésés, des recours juridiques existent. Des tribunaux français ont ordonné l’annulation complète de contrats photovoltaïques viciés avec restitution intégrale des sommes.

Adresse de recours collectif : contact@courtiersolaires.fr

Les courtiers solaires français mobilisent une expertise collective pour défendre les victimes : annulation des contrats, récupération des fonds, nullité des crédits accessoires. EVERSUN a échoué car sa direction a confondu vitesse avec responsabilité, empruntant les méthodes toxiques du secteur tout en promettant une transition écologique authentique.

Les clients méritent mieux—et des solutions collectives existent pour se faire entendre.

EVERSUN